Fiche technique
| Date de parution | 2026/03 |
| Support | Numérique (fichier PDF) |
| ISBN | 978-2-38287-254-3 |
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Bien que largement présentées comme consensuelles, les politiques de restriction des migrations mises en œuvre dans les pays du Nord ne sont pas sans rencontrer non seulement des oppositions, mais aussi des actes concrets de résistance.
Revêtant une très grande variété de formes, les manifestations de solidarité avec les personnes migrantes, exilées, sans-papiers, sont sévèrement combattues dans des États pour lesquels la « lutte contre l’immigration irrégulière » est devenue un enjeu majeur. Le nombre de poursuites pour des actes de solidarité avec des exilé·es dans l’Union européenne (principalement en Grèce et en Italie) ne cesse d’augmenter, et il est sans doute sous-évalué.
Les rapports de l’Observatoire des libertés associatives montrent bien l’acharnement avec lequel, en France, dans les territoires frontaliers de l’hexagone, les pouvoirs publics s’efforcent de circonscrire et contrôler l’action associative, et même d’empêcher complètement l’activité des « aidant·es ». Les poursuites au titre du délit de solidarité sont l’un des moyens, mais pas le seul, de répression de ces opposant·es. On note que la criminalisation frappe les soutiens de façon différentielle, selon qu’il s’agisse de nationaux, ou européens, ou bien de personnes elles-mêmes migrantes, que ces dernières agissent aussi pour aider volontairement d’autres personnes migrantes ou qu’elles soient prises dans les filets de procédures basées sur des accusations sans fondement. Ainsi des « passeurs malgré eux », exilés condamnés alors qu’ils se sont trouvés contraints par exemple de tenir la barre du bateau à bord duquel ils tentaient de franchir une frontière maritime.
Dans la directive européenne « anti-passeurs », dite « Facilitation », adoptée en 2002, figuraient à l’origine des clauses d’« exemption humanitaire », lesquelles se sont révélées de fait bien peu protectrices… Le texte, modifié en 2023, laisse désormais aux États le choix d’apprécier si tel ou tel acte relève ou non de l’« aide humanitaire ». Libre cours est ainsi laissé aux stratégies de harcèlement juridique et administratif de groupes, de collectifs et d’ONG qui accueillent, hébergent, conseillent, soignent, sauvent des vies en mer ou sur les routes, accusés de faciliter l’immigration irrégulière et ramenés à la figure honnie du passeur – figure pourtant bien plus complexe qu’on ne le pense souvent.
Le discours des responsables politiques, mais aussi des procureurs et des tribunaux, consiste à expliquer que si des personnes risquent leur vie pour franchir des frontières, c’est à cause des filières de trafiquants d’êtres humains, dont les solidaires seraient les complices objectifs. Quelle défense politique opposer à ces accusations ? Dénoncer, encore et encore, la responsabilité de politiques gouvernementales absurdes et inhumaines, ce que font, tous les jours, tous ces actes de résistance.
Édito
- Municipales : subir souvent, se taire toujours
Dossier ⋅ Résister aux frontières
- Les ressorts de la résistance aux politiques d’immigration | Violaine Carrère
- Le délit de solidarité : entre répression et mobilisations | Danièle Lochak
- Sauvetage civil en Méditerranée : dix ans de solidarité sous pression | Sophie-Anne Bisiaux, Jeanne Tesson
- Les mille visages du délit de solidarité | Mathilde Rogel
- Directive « Facilitation » : l’UE fournit des armes contre les solidaires | Claire Rodier
- Contre les rafles aux États-Unis, des pratiques de résistance | Pascaline Chappart, Léa Donnart
- Variations de la figure du passeur en mer Rouge | Alexandre Lauret
- De prétendus « passeurs », de parfaits boucs émissaires | Federico Colombo, Solène Ducci, Anna Sibley
- Criminaliser la liberté de circulation, briser des solidarités | Des membres du réseau Captain Support
Hors-thème
- « One in, one out » : un accord de plus pour quoi faire ? | Ophélie Marrel
Mémoire des luttes
- L’Assemblée citoyenne des originaires de Turquie : contre toute oppression ! | Ümit Metin
Focus juridique
- Les frontières de la solidarité | Raphaël Kempf
Ont collaboré à ce numéro : Véronique Baudet-Caille, Solange Bidault, Michèle Bornarel, Pauline Boutron, Anne Brunner, Lisa Carayon, Lison Doré, Émilien Fargues, Nathalie Ferré, Nicolas Fischer, Daniel Gros, Patrick Henriot, Annalisa Lendaro, Antoine Math, Alain Morice, Karine Parrot, Diane Turquety, Martine Vernier.